Portfolio : Area recreativa, Pierre Antoine
Projet : Le jeu, Concorde
Enquête : sur les traces de l'Homo Architectus Ludens, David Malaud
Critique : Faire mondes,Cédric Libert

L'arène, la table à jeu, le cercle magique, le temple, la scène, l'écran, le tribunal, ce sont là, tous, quant à la forme et à la fonction, des terrains de jeux, c'est-à-dire des lieux consacrés, séparés, clôturés, sanctifiés, et régis à l'intérieur de leur sphère par des règles particulières. Ce sont des mondes temporaires au cœur du monde habituel. Dans son célèbre ouvrage Homo Ludens, essai sur la fonction sociale du jeu, publié en 1938, Johan Huizinga définit le jeu…

L'arène, la table à jeu, le cercle magique, le temple, la scène, l'écran, le tribunal, ce sont là, tous, quant à la forme et à la fonction, des terrains de jeux, c'est-à-dire des lieux consacrés, séparés, clôturés, sanctifiés, et régis à l'intérieur de leur sphère par des règles particulières. Ce sont des mondes temporaires au cœur du monde habituel.
Dans son célèbre ouvrage Homo Ludens, essai sur la fonction sociale du jeu, publié en 1938, Johan Huizinga définit le jeu en tant qu’activité humaine consubstantielle à la culture. Il propose de substituer le terme d’Homo Sapiens (l’Homme qui sait) par celui d’Homo Ludens (L’Homme qui joue). L’architecture n’y est pas abordée directement en tant que discipline mais par la production d’espace, et le terrain de jeux y est défini comme monde temporaire.

De même, dans Sur les traces de l'Homo Architectus Ludens, David Malaud revient dès le début du 19e siècle sur l'intérêt croissant des théories de l’éducation et de la conception pour la notion de jeu et examine son application au champ de l'architecture. Il définit et exemplifie quatre postures de l’architecte : l'aventurier, le metteur en scène, le bricoleur et le stratège.
Les architectes et urbanistes de l’agence Concorde font le récit de la conception d’une aire de jeux à Marseille. Ils rappellent les rôles urbains, sociaux et paysagers de cette « pièce dans la ville ». L’histoire de leur projet retrace les enjeux d’une conception bornée par les contraintes réglementaires actuelles, mais qui reste ancrée dans la culture architecturale et artistique prospective des aires de jeux modernes. À cause peut-être de leur normalisation, l’histoire des jeux dans la ville a récemment fait l’objet d’études anthologiques. (1) Le projet mythique de cette redécouverte est le travail d’Aldo van Eyck qui conçoit entre 1947 et 1955 plus de 700 aires de jeux éparpillées sur les places et coins de la ville d’Amsterdam. Cette formulation d’un urbanisme ludique n’a jamais connu de forme plus aboutie.

Les photographies de Pierre Antoine participent à cet inventaire collectif en cours d’élaboration. Lors de voyages au Brésil, il photographie d’abord de façon intuitive, puis plus systémique, les aires de jeux qu’il rencontre. Ainsi, sa collection révèle notamment des projets peu connus attribués à Roberto Burle Marx ou à Affonso Eduardo Reidy, dans un bestiaire de formes ludiques.

Pour terminer ce numéro, Cédric Libert développe une approche théorique, dans laquelle il rapproche la notion de terrain de jeux de celle d'hétérotopie de Michel Foucault. Le terrain de jeux y apparaît comme un coin de monde autonome qui porte en lui la critique de la réalité et formule la possibilité d’un autre monde.
Sébastien Martinez-Barat

(1) Le travail récent de Vincent Romagny, notamment ses ouvrages Anthologie d’aires de jeux d’artistes et Anthologie d’aires de jeux au Japon, a largement contribué à redécouvrir l'éclectisme des formes architecturales des terrains de jeux.

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